Présenté la semaine dernière au Maroc et sorti en 2009, Amreeka est un vibrant hommage aux immigrants arabes aux États-Unis et dans le monde. Rencontre avec sa réalisatrice, Cherin Dabis, une Jordano-Palestinenne pétrie de mœurs et de valeurs arabes.
Amreeka est en tournée au Maroc après la Turquie et la Tunisie dans le cadre de Film Forwards, initiative du Festival du film de Sundance, organisée au Maroc en coordination avec le consulat général des États-Unis. Sélectionnée pour faire partie de ce programme visant à promouvoir les films indépendants américains et étrangers dans le monde, Cherin Dabis, de passage, nous immerge dans son univers : vif, chaleureux et volontaire. Elle partage son regard sur son premier et unique film, lauréat du Prix Fipreci de Cannes et sélectionné au Festival du film de Sundance. Nourrie de sa Jordanie natale et d’une sensibilité identitaire sans borne, elle analyse les plis et les replis de la discrimination aux États-Unis. Son futur long-métrage est en pleine gestation, mais Cherin s’est davantage attardée sur les leçons du passé.
Amreeka est votre premier et unique film. Comment avez-vous réussi à convaincre les investisseurs de croire en ce projet novice ?
Un des facteurs qui m’a le plus aidée est sans doute mon court-métrage Tmanna (« Fais un vœu »). Je l’ai réalisé en 2005. À la suite des tournées du film dans plusieurs festivals en 2006 et 2007, j’ai pu acquérir une certaine crédibilité. Mais pour son financement, je savais pertinemment que j’allais avoir besoin d’investisseurs privés. Amreeka est un film arabe sans acteurs connus, mené par un réalisatrice débutante. Hollywood n’était même pas une option, ni même les circuits habituels des films indépendants. Je me suis surtout tournée vers la communauté arabo-américaine. C’est ainsi que j’ai trouvé 50% du financement, chez les personnes qui croient profondément en ce genre d’histoires.
Quel cible souhaitiez-vous toucher ? Est-ce la communauté arabe ou plutôt les Américains qui ont des préjugés sur le monde arabe ?
Le film est une célébration des Arabes et de ce que nous sommes. Il n’était pas question de s’adresser à la communauté arabe mais de la reconnaître.
Ce film est autobiographique et est inspiré de ma vie. Ma famille a subi le même genre de discrimination et a été menacée de mort en Ohio, exactement comme dans le film.
Mon père, qui est médecin, a perdu nombre de ses clients, du fait de son statut d’Arabe. J’avais 14 ans. Il est vrai que la situation a changé et que les gens sont plus éduqués quant à ces réflexions. Après le 11-Septembre, les gens ont commencé à s’intéresser à notre identité, et se sont tournés vers la littérature arabe et l’Islam
Dernièrement, la communauté arabe s’est bien défendue intellectuellement, et les cinéastes arabes ont réussi à s’investir dans des histoires et des fictions pour mieux sensibiliser « l’Autre ».
Après le succès récolté au Festival de Cannes et de Sundance, comment fut l’accueil du film aux États-Unis ?
La reconnaissance du film dans les festivals n’est pas liée à son succès dans les salles. Nous avons eu du mal à percer au box-office, comme c’est le cas pour tous les films indépendants. Il est vrai que le film a fait son avant-première au Festival du film de Sundance, puis a été sélectionné en France au Festival de Cannes, notre territoire commercial le plus concluant, mais c’est le considerable soutien que nous avons reçu de la communauté arabe, des organisations à but non lucratif, des musées et du burreau des Affaires publiques musulmanes, entre autres, qui a été concluant.
Avant Amreeka, vous étiez l’une des scénaristes de la série L World qui décrypte les relations non conventionnelles entre femmes. Pourquoi ce saut qualitatif ?
J’ai toujours travaillé sur mes propres projets, même en travaillant sur
L World. J’ai écrit le scénario d’Amreeka à partir 2003, et je travaillais pour son financement et son casting, tout en mettant noir sur blanc les épisodes de la série.
Y a-t-il de nouveaux projets sur les rails ?
Oui, j’ai déjà écrit le scenario et lancé le casting, et nous tournerons au printemps.
Le film est aux antipodes d’Amreeka et retrace le retour d’une Jordanienne sur sa terre natale. C’est une comédie dramatique qui décrit le parcours de trois femmes jordaniennes célibataires qui vivent en Jordanie, qui apprennent à découvrir leur vulnérabiité et à vivre avec leurs secrets.
Ce film est également inspiré de mon vécu. J’ai grandi parmi quatre sœurs dotées d’une grande force de caractère. C’est aussi un hommage à la femme arabe, qui est incroyablement indépendante et déterminée malgré toutes les apparences. Je veux montrer, une fois de plus, ce que les gens ne voient pas.
Paola Frangieh
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