La vie d’un coeur: des musulmans et des juifs sauvant des vies ensembles. Par Mehnaz M. Afridi

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Yenoo Belgique

New York, New York – Alors que j’écoute des brides de nouvelles, une nuée de mots me pique au vif : Iran, Israël, nucléaire, Israël-Palestine au point mort, les musulmans tuent les juifs, les juifs tuent les musulmans. En temps que femme musulmane qui enseigne l’Holocauste dans une université catholique, je suis en permanence frustrée par la couverture médiatique de la situation au Moyen-Orient, qui très largement sert à mettre en avant et à consolider les tensions nationales et religieuses, les préjugés et les conflits.

Un documentaire de la réalisatrice Keren Ghitis, récemment diffusé sur Al-Jazira, s’est révélé une exception extrêmement encourageante. Le film Jerusalem SOS, montre des juifs et des musulmans se sauvant mutuellement la vie.

Le documentaire, diffusé le mois dernier, faisait le portrait d’arabes portant des vestes oranges avec une étoile de David rouge imprimée dessus, faisant équipe avec des juifs haredi (ou ultra-orthodoxes) portant leurs mèches spiralées, leur kippa noire et le tzitziot (tsitsit) (un vêtement bordé de franges rituelles nouées). Et chacun des deux groupes ne disait que du bien de l’autre. Travaillant en tant que volontaires paramédicaux pour l’organisation juive orthodoxe « United Hatzalah » (Ihoud Hatzula, ce qui signifie Unis pour sauver et est abrégé UH), ces juifs et ces musulmans faisaient acte de l’aspect le plus important de leur religion : protéger des vies humaines et la justice.

On m’a rappelé dernièrement une injonction coranique qui déclare « C´est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d´Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes” (5 :32)

De la même façon le Talmud (une compilation de l’antique loi et de la sagesse juive) énonce « celui qui anéantit un homme, c'est comme s'il avait anéanti le monde entier. Et celui qui sauve la vie d'un homme, c'est comme s'il avait sauvé le monde entier”. (Talmud de Babylone, 22a)

Dans le documentaire, le personnel paramédical palestinien formé par UH fait remarquer que souvent leurs ambulances rejoignent avec retard les malades et les blessés de Jérusalem-Est, parce que les ambulances israéliennes n’ont pas l’autorisation de pénétrer dans le quartier palestinien sans être accompagnées par une escorte policière ou militaire. De plus, certaines maisons ne possèdent pas d’adresse. Du fait que le personnel paramédical connaît bien la zone et qu’il conduit des ambucycles (des ambulances-motos), il est généralement le premier à arriver sur place.

Le film montre que l’équipe de secours outrepasse les frontières physiques et politiques dans le but de sauver des vies. Les membres des deux religions s’aident réciproquement à fournir un service à leurs communautés lors des jours saints. Les musulmans viennent au secours des juifs lors du sabbat juif, et les juifs aident les musulmans lors d’urgences survenant les vendredi ainsi que durant le ramadan.

Eli Beer, le fondateur de UH, a été cité dans le Jerusalem Post disant : « les juifs et les musulmans ne s’opposent pas à travailler ensemble, malgré des barrières invisibles et la suspicion qui divisent les communautés. Au début, j’en ai rencontré quelques uns qui étaient surpris de travailler ensemble, mais après avoir constaté que les uns et les autres étaient de belles personnes et de vrais professionnels, ils s’apprécient vraiment. »

Ces employés paramédicaux musulmans et juifs ont embrassé la richesse spirituelle de leur foi et ont ignoré les différences superficielles. Les organes de presse devraient essayer et s’inspirer de leur histoire, et accorder plus d’attention à l’espoir et à la coopération.

Une autre histoire interreligieuse encourageante, datant d’il y a quelques mois, me vient à l’esprit. Le 5 juin, ABC News a rapporté qu’ « un homme israélien en train de mourir à cause de son cœur défaillant a appris aujourd’hui qu’il allait vivre, grâce à la générosité d’une famille palestinienne qui a accepté le don du cœur de l’un de ses membres tué au cours de brutalités dont la violence croissante détruit Israël. »

L’Israélien qui a reçu le cœur a expliqué à quel point leurs deux cœurs étaient semblables, et en fin de compte étaient identiques de l’intérieur.

Même si l’amertume des médias pessimistes nous entoure, il est important de reconnaître que les initiatives populaires réalisées par des organisations telles que UH, ou des initiatives personnelles de la famille palestinienne qui donne le cœur d’un être aimé, sont les clés permettant de construire un peu de compréhension entre juifs et musulmans.
Il est donc crucial que les juifs et les musulmans s’accordent pour écouter des nombreuses histoires positives de vie et de mort, de foi et de justice, qui se déroulent au quotidien sur le terrain.

Je suis toujours à la recherche d’histoires sincères, qui mettent en avant les similarités de nos fois et qui prouvent la justice sociale. Dans les trois religions monothéistes, on nous commande de ne pas faire un faux témoignage. Après tout, nous sommes tous des enfants de Dieu et c’est à travers nos actions et notre persévérance que nous affirmons nos valeurs partagées et nos responsabilités envers les uns et les autres – indépendamment de nos différences religieuses.

*Dr. Mehnaz Afridi est maître de conférence en sciences des religions et directrice du Centre pour l’Holocauste, le Génocide et l’éducation interreligieuse au Manhattan College à New York. Article rédigé pour le Service de Presse de Common Ground - Yenoo Belgique.