Shawnee Mission (Kansas) – Beaucoup de non musulmans pourraient être surpris d’apprendre que l’islam n’est pas une religion monolithique. Les pratiques et les rites varient d’une région à l’autre et entre différents groupes. Par ailleurs, les titres des principaux médias, particulièrement ceux des pays occidentaux, ont tendance à mettre l’emphase sur les aspects les moins flatteurs, les plus répressifs liés à des groupes minoritaires tout en ignorant les nombreux aspects positifs de l’islam prédominant.
Un nouveau livre Islam without Extremes : a Muslim case for Liberty (l’islam sans extrémisme : une plaidoirie musulmane pour la liberté) du journaliste turc Mustafa Akyol nous offre cependant la possibilité de corriger un grand nombre de ces clichés qui se concentrent particulièrement sur la perception erronée que l’islam est une religion intrinsèquement autoritaire et laissant peu de place à la liberté individuelle. L’œuvre est une quête des racines du libéralisme (dans le sens classique) dans l’islam et une critique des lois et des comportements oppressifs de la religion, tels que la prohibition formelle du reniement de la foi ou du blasphème, qui, selon l’auteur, se fondent plus sur la tradition que la révélation.
Akyol débute avec un survol historique et théologique du développement de l’islam à travers les siècles et démontre que le message fondamental de l’islam, le monothéisme, a sauvé l’individu des « obligations tribales ». En d’autres termes la tradition musulmane est fondée sur l’idée puissante que l’individu est responsable uniquement devant Dieu. Akyol explique ensuite comment ce message islamique a permis de faire avancer, au Moyen-Orient médiéval, le concept de liberté, comme l’attestent les principes de la loi islamique (c’est la primauté du droit, plutôt que la volonté de celui qui gouverne). Néanmoins des désaccords au sujet de la liberté provoquèrent d’importants conflits durant l’islam médiéval, résultant en luttes internes et doctrinaires, opposant les « Traditionalistes » aux « Rationalistes ». Akyol révèle également comment des facteurs non religieux, tels que la géographie du Moyen-Orient, ont joué un rôle dans la « guerre des idées au Moyen Age » en favorisant des écoles de théologie moins rationnelles et plus oppressives.
Le livre utilise aussi comme exemple les réformes ottomanes récentes, souvent oubliées, ainsi que l’évolution politique de la Turquie moderne pour illustrer la pratique de l’islam de nos jours et pour montrer comment la société turque contemporaine, et plus particulièrement la « bourgeoisie islamique », est en train de développer une vision libérale de la politique et de l’économie qui peut servir d’exemple phare pour le monde musulman d’aujourd’hui.
Enfin, Akyol offre une vision pour le futur qui fournit un moyen de bannir les interprétations plus autoritaires de l’islam en faveur d’un ajustement pluraliste qui puisse contenir des clés de compréhension contradictoires en apparence, telles que « Liberté garantie par l’Etat », « Liberté de pécher », « Liberté garantie par l’islam ».
Tout au long du livre, Akyol s’appuye sur le Coran, et bien qu’il respecte aussi la « deuxième source », les hadîths (les textes de la tradition prophétique racontant les paroles et les actions du prophète Mahomet), il plaide en faveur d’une révision critique de la littérature hadîth, qu’il trouve moins fiable que ce que la vision traditionnelle veut bien affirmer. Il met en évidence que les aspects les plus controversés de la loi islamique, tels que la lapidation ou l’interdiction du reniement de la foi ou du comportement coupable, viennent non pas du Coran mais des hadîths et il défend l’idée que ces hadîths reflètent plus probablement des habitudes historiques plutôt que des injonctions éternelles de l’islam.
Les lecteurs modernes trouveront peut-être surprenant qu’au début de l’islam, durant la période nommée « l’Age d’or », de nombreux chrétiens aient été attirés par la liberté intellectuelle et les qualités érudites et progressives de la foi et devinrent plus ou moins des partisans de l’islam. Des mouvements fascinants, quoique aujourd’hui oubliés, ont été fondés, tels que les « reporteurs » (Murjiites), qui avec leur volonté de remettre la résolution de disputes religieuses à l’au-delà ont posé les bases nécessaires à la tolérance. Ces dernières seront reprises un millénaire plus tard par le philosophe libéral anglais du 17e siècle John Locke. Et certains des concepts considérés comme choquants en Occident, tels que la loi de la charia, sont perçus, si on les remet dans leur contexte historique, comme un progrès et un moteur pour l’équité et la libération. Une des raisons pour lesquelles les musulmans respectent la loi islamique est que cette dernière protège les droits des individus de la tyrannie des despotes.
De façon simple, la thèse d’Akyol offre aux non musulmans comme aux musulmans un examen détaillé de la foi, que les lecteurs ne peuvent que trouver éclairant, éducatif et poussant à la réflexion. Et tout ceci dans un esprit d’invitation et d’enthousiasme communicatif, sans même mentionner un esprit débordant d’espoir, plutôt que de pur didactisme.
L’intention d’Akyol semble-t-il n’est pas d’être un « Martin Luther musulman», incarnant la figure de la réforme religieuse à laquelle certains aspirent, mais peut-être un « John Locke musulman », qui formule l’importance de la tolérance religieuse et de la liberté individuelle.
* Mark Scheel est écrivain et ancien éditeur. Il vit à Shawnee Mission, Kansas. Il s’est exprimé et a écrit au sujet des relations interreligieuses aussi bien aux Etats-Unis que dans le monde. Son dernier livre Backward View (une vue rétrospective) a reçu le prix J. Donald Coffin Memorial Book Award (prix littéraire commémoratif J. Donald Coffin). Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 22 Septembre
Commentaires
où est passé mon commentaire?
Je viens juste de le publier..
Désolée du retard !
Merci pour votre participation, et désolée encore une nouvelle fois.
bonsoir
je suis surpris de découvrir reprises par mustafa akyol les principales thèses que je défends dans mon ouvrage "l'Islam, la Loi,la société et le message" paru le 21 janvier 2011 aux éditions Baudelaire
comme je suis surpris qu'on fasse de la publicité de l'ouvrage de mustafa akyol alors qu'on oublie un concitoyen n'ayant peut être pas la réputation d'un journaliste turc mais certainement plus à dire
amicalement
ridha khaled