Fatema Takieddine est la lauréate du premier prix Terre de Femmes Maroc, décerné le week-end dernier à Marrakech par la Fondation Yves Rocher; Assetou Kanouté a remporté le prix Terre de Femmes Afrique. Deux femmes venues de milieux différents avec un credo commun: protéger l’environnement pour que les populations qui travaillent la terre puissent en vivre. Zoom sur les projets de ces mères nourricières.
De la salle de classe à la caravane pour l’arbre durable, Fatema Takieddine, cette native d’El Jadida, aujourd’hui enseignante et militante de l’association Grand cœur pour l’environnement et le développement durable n’a qu’un souci: éduquer à la protection de l’environnement en alliant théorie et pratique.
Son ennemi juré, c’est “l’indifférence juvénile et accablante à l’égard de l’environnement ”, comme elle aime à le souligner. Pour vaincre cette indifférence, Fatema a opté pour l’action. En fine stratège, elle pose d’abord ses jalons dans le temple du savoir qu’est l’école. Afin d’enrôler de futurs défenseurs de la cause environnementale, elle crée avec l’appui de son association et de la commune Moulay Abdellah d’El Jadida, des espaces verts dans les établissements scolaires.
Un tremplin pour étendre son éducation à l’environnement en dehors de l’enceinte de l’école: les quartiers. Protecteurs de l’environnement à l’école, les jeunes revêtent leur habit d’ambassadeurs de la cause auprès de leurs quartiers, lieu choisi par Fatema pour toucher les citoyens.
Caravane de l'arbre fruitier durable
Dans cet espace beaucoup plus vaste que l’école, Fatema commence à la base: les familles pour qui elle organise des ateliers de gestion des déchets et de protection de l’environnement.
Sa dernière trouvaille, qui lui a valu le premier prix Terre de Femmes Maroc, a été la Caravane de l’arbre fruitier durable. Une continuation de la Caravane de l’arbre durable au bénéfice des “établissements scolaires en milieu rural et en milieu urbain dans la région d’El Jadida”.
Avec les 5.000 euros d’aide financière reçue de la Fondation Yves Rocher, elle entend toucher une cible plus grande composée essentiellement de femmes rurales.
“Avec le prix, je vais continuer à réaliser le projet de la Caravane de l’arbre fruitier durable dans les zones rurales, avec les femmes rurales. On a ciblé 300 femmes rurales qui vont planter 3.300 arbres fruitiers.”
Fatema Takieddine
Et d’expliquer:“on cible plus directement la femme, parce que c’est elle qui éduque les enfants. En passant par elle, on gagne plus de temps dans la préservation de l’environnement”.
L'expérimentation conjointe d'Assetou
Comme Fatema, Assetou Kanouté œuvre à la protection de l’environnement dans la région de Bamako au Mali. Son prix Terre de Femmes Afrique, elle le doit à son engagement auprès des paysans qui tentent de sauver les espèces forestières locales. Cette femme, détentrice d’un Master en écologie des pâturages, est membre de l’association pour le développement des activités de production et de formation (ADAF/ GALLE).
Active dans la recherche-action basée sur les innovations locales paysannes, Assetou travaille selon une approche appelée “développement participatif de l’innovation”.
Elle identifie des paysans “innovateurs” qui essaient de trouver des solutions aux problèmes de l’agriculture locale; et par le biais des chercheurs de son association, mène avec eux une “expérimentation conjointe”.
Cette démarche a permis d’identifier un paysan malien du nom de Sidiki Coulibaly qui essayait en vain de greffer deux espèces fruitières locales. Il s’agit selon Assetou Kanouté du “sclerocaria birrea et Lannea microcarpa (ou raisinier en français)”.
A ce jour le greffage de ces deux espèces a abouti à une pépinière très prisée par les paysans de Kaye et de Bandiagara au Mali, même si l’objectif escompté, qui était d’obtenir un fruit plus gros, n’est pas encore atteint.
Assetou voit en cet engouement un signe: “Cela veut dire que le jour où on va réussir à obtenir des fruits plus gros de Lannea, c’est sûr que ça va être adopté par les paysans à faibles ressources. A moyen terme, on compte faire du jus de Lannea. Et à long terme, on verra comment on va industrialiser cette transformation en jus”.
Dans cet optique, Assetou assure que la donation de 5.000 euros aidera à continuer la recherche sur le greffage du “sclerocaria birrea et Lannea microcarpa”.
Kisito Ndour
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