Quand la « tbourida » se fait féminine.

jeu, 2011-06-16 10:18 -- Admin
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Un spectacle de fantasia féminine a clôturé lundi les 4ièmes Rencontres Méditerranéennes de Rhône Alpes, en France. Depuis quelques années, les Marocaines investissent cet art équestre populaire, jusque-là strictement masculin. Un peu partout en Europe, ces cavalières font fureur, leur prestation devenant le clou des manifestations culturelles du Maroc à l’étranger.

Lundi dernier, à Tournon sur Rhône, le public de cette petite ville française a applaudi un spectacle haut en couleur : celui offert par la troupe de fantasia féminine en clôture des 4ièmes rencontres Méditerranéennes de Rhône Alpes dont le Maroc était l'invité d'honneur. Deux mois plus tôt, c'est à Montpellier, dans le cadre de la sixième édition du festival Arabesques, tenue du 18 au 22 mai, que l'on a célébré les traditions équestres arabes, par la présentation d'une fantasia féminine marocaine. L'année dernière, à Lyon, en prélude à la semaine culturelle qui accompagne le Salon de l'Immobilier Marocain (SIMMEUROPE), plusieurs femmes passionnées de chevaux et d'art équestre ont reproduit la traditionnelle tbourida au cœur d'un grand parc lyonnais, le parc de la Tête d'or. L'événement était présenté comme une « première ».

C'est également en ces termes que, en Belgique, les organisateurs de la future rencontre, « 2012, le Maroc chez vous », mise sur pied pour permettre aux jeunes Marocains résidant à Namur de mieux connaître la culture de leur pays d'origine, parlent de la fantasia féminine inscrite au programme. « En Belgique, il y a entre 400 et 500 000 Marocains d'origine et Belgo-marocains. L'organisation d'une fantasia féminine sera une première du genre. On s'attend donc à ce que beaucoup de gens se déplacent pour assister au spectacle" a déclaré Nasser Ougouti, l'initiateur de l'événement.

Une symbolique forte.

La fantasia représente l'une des traditions populaires les plus vivantes du Maghreb. « Tbourida » en dialecte marocain, la fantasia a des racines arabes, turques et berbères. Son nom français lui est donné en 1832, après que le peintre Eugène Delacroix l'eut abondamment peinte et qu'elle devint le sujet de prédilection de ses successeurs orientalistes. Désignant différents spectacles équestres traditionnels, la fantasia simule des assauts militaires, d'où son appellation de « tbourida » ou « jeu de la poudre ». Pendant le spectacle, les cavaliers (ou les cavalières) galopent à bride abattue comme s'ils fonçaient sur l'ennemi. Arrivés à la fin de leur charge, ils tirent en choeur le même coup de feu. Traditionnellement, les femmes étaient présentes dans l'assistance pour les soutenir de leurs youyous comme jadis, elles les suivaient à la guerre pour les stimuler au combat. Leur apparition sur ce champ de bataille fictif est symbolique de l'évolution majeure que connait la situation des femmes au Maghreb.

La fantasia féminine

La fantasia féminine serait apparue à Constantine au XIX siècle où elle était, semble-t-il, exécutée à pied. Mais c'est dans les années 2000, au Maroc, qu'elle prend corps, d'abord sous forme de groupes de cavaliers mixtes avant que n'apparaisse, à Mohamedia, un groupe exclusivement féminin.

Le goût de la fantasia se transmet de père en fils mais également de père en fille. L'esprit et l'art de la « tbourida » sont souvent le fruit d'un héritage paternel chez les cavalières des fantasias féminines. Ces dernières ont trouvé un soutien de taille auprès de la tante du souverain, SAR la princesse Lalla Amina, férue depuis toujours d'équitation. C'est grâce à celle-ci que, depuis quelques années, la fantasia féminine est devenue une pratique officielle et que des troupes, telles celle de la jeune mouqadema (capitaine), Sofia Balouk, à la tête d'une cavalerie de onze chevaux, se sont constituées. Les démonstrations qu'elles offrent au Maroc, comme à l'étranger, mettent en lumière tant les qualités équestres féminines que les pas de géants faits par les Marocaines sur le chemin de l'émancipation.

Par : Aïcha Benchekroun
dimabladna.ma