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Chronique Rachid Beddaoui

Les transferts des MRE

Un levier pour l'économie nationale

 

Les envois de fonds vers les pays en développement attirent de plus en plus l’attention à cause de leur volume croissant et de leur impact sur les pays bénéficiaires dont le Maroc.

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Interview d’Haidar Eid, par Eric Ruder

Interview d’Haidar Eid, par Eric Ruder



                                   Un massacre au ralenti
 
Un enfant, au milieu des gravats de ce qui fut sa maison, à
Jabalia, ville du nord de la bande de Gaza
(AFP)


Mais un rayon d’espoir a émergé, sous
la forme d’une solidarité internationale croissante – depuis le Canada
et les Etats-Unis jusqu’à l’Europe, en passant par l’Afrique du Sud –
visant à faire rendre à Israël des comptes sur ses violations du droit
international et des droits humains des Palestiniens. Le 21 mars, la
justice pour la Palestine sera le principal leitmotiv d’une
manifestation contre la guerre qui se déroulera à Washington DC ; elle
est organisée afin de marquer le sixième anniversaire de l’invasion de
l’Irak par les Etats-Unis.


Question
 : La séquence « ball-trap » de la guerre israélienne est désormais terminée,
d’après les médias. Pourtant, Israël poursuit ses frappes aériennes
contre des cibles, à Gaza, tous les deux ou trois jours. En plus de ces
bombardements israéliens, le siège demeure fermement en vigueur,
empêchant absolument tous les biens vitaux de première nécessité de
pénétrer à Gaza. Pouvez-vous nous décrire les conditions qui règnent,
aujourd’hui, dans ce territoire ?


Haidar Eid
 :
Le courageux historien israélien Ilan Pappe a parlé du siège hermétique
en place contre Gaza depuis près de trois ans. Avant la guerre, Pappe
avait qualifié ce siège de « génocide au ralenti », et il avait
parfaitement raison.


Même avant la guerre, quelque 350 malades en phase terminale étaient morts du fait qu’Israël ne les avait
pas autorisés à sortir de Gaza pour aller recevoir un traitement
médical vital. Israël a refusé de leur remettre des autorisations de
voyager qui leur aurait permis de se faire soigner dans des hôpitaux
égyptiens ou jordaniens. Je parle ici de patients souffrant de
déficience rénale, de problèmes cardiaques, d’un cancer.


La guerre a transformé le génocide au
ralenti en un génocide bien réel – je ne vois pas comment le qualifier
autrement. Durant la guerre, plus de 1’400 personnes ont été tuées.


Plus d’un mois après la fin de l’agression israélienne contre Gaza, la
vie continue à être un combat quotidien, pour le million et demi de
Palestiniens de la bande de Gaza. Israël maintient son siège étouffant,
qui empêche le passage des produits de première nécessité, plongeant
l’immense majorité des résidents dans une pauvreté abjecte. 

Nous pensions que la fin de la guerre
signifierait aussi la fin du siège moyenâgeux imposé à Gaza. Mais,
malheureusement, cela n’a pas encore eu lieu depuis la fin du massacre
de Gaza – je ne veux vraiment pas parler de la fin de la « guerre »,
parce que la guerre n’a jamais cessé, même si c’est sous d’autres
formes. Israël n’a réalisé aucun des trois objectifs qu’il avait
déclarés au début du conflit : renverser le gouvernement Hamas, mettre
un terme aux lancements de roquettes et établir un nouvel accord
sécuritaire à Gaza.

Etant donné qu’ils ont échoué, ils
persistent à essayer d’obtenir, politiquement, ce qu’ils ont été
incapables d’obtenir militairement – avec l’aide des Etats-Unis, même
sous l’administration Obama, avec la complicité de l’Union européenne
et avec l’aide de certains régimes arabes.

C’est la raison pour laquelle toutes
les propositions en vue de la reconstruction de la bande de Gaza qui
ont été examinées au cours de la récente conférence des donateurs
internationaux tenue à Sharm el-Sheikh ont autant de fils à la patte.
En réalité, ce sont ces fils qui rendent impossible la reconstruction
de Gaza.

Ainsi, quand la secrétaire d’Etat
Hillary Clinton est allée à Tel-Aviv et à Ramallah, elle a parlé de
conditions imposées à cette reconstruction. La condition numéro 1,
c’est que le gouvernement Hamas et les formations de la résistance, de
manière générale, reconnaissent l’Etat d’Israël. La condition numéro 2,
c’est la reconnaissance des accords déjà signés entre l’OLP
(Organisation de Libération de la Palestine) et Israël, ce qui, en fin
de compte, reviendrait à reconnaître, là encore, l’Etat d’Israël.

Mais il reste certaines grosses
questions à ce sujet, que les Etats-Unis et les médias consensuels
préfèrent éviter. En particulier : quel est donc l’Israël que les
Palestiniens sont supposés reconnaître ?

Israël est le seul pays membre de l’Onu
qui n’ait pas de frontières reconnues. Le mur d’apartheid
représente-t-il la frontière de l’Etat d’Israël ? Ou bien s’agit-il de
la frontière de 1967 ? La reconnaissance d’Israël, dans de telles
conditions, rendrait possible la poursuite de l’expansion territoriale
israélienne.

Ensuite, Israël est aussi le seul pays,
sur Terre, qui n’ait pas de constitution. En lieu et place, Israël a
ses Lois Fondamentales. La première de ces lois définit Israël comme
l’Etat des juifs où qu’ils se trouvent, dans le monde entier. On a donc
affaire à un état théocratique, et non à un état, appartenant à tous
ses citoyens. Cela soulève la question du sort du 1,2 million de
Palestiniens qui sont considérés citoyens de l’Etat d’Israël, mais qui
ne sont pas juifs.

Par ailleurs, quiddes plus de six millions de réfugiés palestiniens vivant dans la
diaspora ? Aucun accord signé par l’OLP et Israël, avec l’Amérique en
modérateur, ne mentionne le droit au retour (de ces réfugiés, chez
eux), bien que la Résolution 194 de l’Onu appelle au retour des
réfugiés palestiniens chez eux, dans leurs villages, dans les villes et
les bourgs d’où ils ont été chassés. Et cette Résolution 194 préconise
des compensations pour les injustices qu’ils ont subies.

Mais ce sont là des choses auxquels
Israël veut faire renoncer les Palestiniens avant même que de
quelconques pourparlers soient entamés. Comme l’a dit Karl Marx,
l’histoire se répète, la première fois sous forme de tragédie, la
deuxième fois sous forme de pochade. Aujourd’hui, nous avons assisté à
la conférence des donateurs, ainsi qu’à une visite dans la région
d’Hillary Clinton, durant laquelle elle n’a pas eu un seul mot de
sympathie pour le calvaire des Palestiniens. C’est comme l’a dit Marx,
à cette différence près : c’est en même temps une tragédie et une farce !

Les Palestiniens paient un prix
exorbitant. C’est la continuation de la guerre génocidaire lancée par
Israël contre Gaza, avec le soutien de la communauté internationale. Et
les discussions supposées contribuer à la reconstruction ne sont qu’un
moyen supplémentaire de mettre en application l’agenda israélien.

Question : Les Etats-Unis et Israël appellent par ailleurs le Hamas à « renoncer à la
violence », mais ils ne prennent pas conscience, manifestement, de
l’hypocrisie incroyable de cette exigence ? Israël ne cesse d’user
d’une violence écrasante et totalement disproportionnée à l’encontre
des Palestiniens, et c’est les Etats-Unis qui fournissent à Israël les
armes pour ce faire ?

Haidar Eid : Absolument ! De quelles armes la Résistance dispose-t-elle, à Gaza ?
Des roquettes artisanales bricolées à la maison, et quelques missiles
Grad passés en contrebande par les tunnels reliant l’Egypte à Gaza.
Mais aujourd’hui, ces tunnels ne sont plus utilisables. Israël les a
bombardés à plusieurs reprises.

En raison du siège israélien imposé à
la bande de Gaza, ces tunnels ont été utilisés aussi pour apporter des
biens essentiels à l’intérieur de ce territoire. Par exemple, je n’ai
pas pu prendre ma voiture depuis la fin de la guerre, parce que nous ne
recevons plus d’essence d’Egypte, le super devant être passé
clandestinement, via les tunnels.

Nous parlons, ici, de la quatrième
armée au monde, dotée de 250 têtes nucléaires, d’avions F-16 et
d’hélicoptères, contre une population très largement sans défense. Nous
ne parlons absolument pas de deux camps opposés, qui seraient de force
comparable.

D’après le droit international, Israël
occupe illégalement la Cisjordanie et la bande de Gaza. Israël interdit
illégalement à plus de six millions de Palestiniens de rentrer chez
eux, dans leurs villages et dans leurs villes.

Ce que nous exigeons – moi-même, en
tant que membre de la société civile palestinienne, qu’universitaire et
que militant – c’est simplement la mise en application des résolutions
de l’Onu et du droit international. Sous l’empire du droit
international, nous avons droit à un Etat et les réfugiés ont le droit
de rentrer chez eux.

En signant les accords d’Oslo, en 1993,
la direction palestinienne officielle a conclu un accord qui viole tant
nos droits que le droit international. C’est désormais devenu une
habitude, pour Israël et les Etats-Unis, d’attendre du camp le plus
faible, les Palestiniens, de faire toujours plus de concessions.

Une des plus grosses erreurs qu’ait
faites la direction palestinienne, ce fut de faire la supposition que
les Etats-Unis n’agissaient qu’en tant que courtiers honnêtes. Mais, en
réalité, les Etats-Unis ont été totalement partisans – en raison de
l’activité du lobby pro-israélien américain, et aussi parce qu’à mon
avis, il est impossible de séparer les intérêts de l’impérialisme
américain et ceux du sionisme, au Moyen-Orient.

Les Etats-Unis ont attaqué, puis occupé
l’Irak, et ils ont commis un véritable génocide à l’encontre de la
population irakienne. Ils ont tué plus d’un million et demi d’Irakiens,
à cause du pétrole, afin de réaliser leurs intérêts dans la région, et
afin de protéger l’Etat d’Israël.

En Irak, les Américains ont échoué
lamentablement. Israël a échoué pitoyablement au Liban en 2006. Alors,
voilà : ils ont essayé de viser ce qu’ils considéraient être la poche
de résistance la plus faible au Moyen-Orient, j’ai nommé Gaza.
Heureusement : nouvel échec ! Israël a essayé, vingt-deux jours durant,
de mettre la résistance à genoux, mais il n’a pas réussi.

C’est la raison pour laquelle ils essaient de réussir politiquement, là où ils ont échoué, militairement.

Question : Les conditions mises à l’aide à la reconstruction, lors du sommet de Sharm
el-Sheikh, et la visite d’Hillary Clinton, visent à politiser la
reconstruction en canalisant de l’argent et des soutiens vers
l’Autorité palestinienne (AP) et vers son président, Mahmoud Abbas. On
a d’ailleurs vu Abbas, après sa rencontre avec Clinton, avertir l’Iran
de ne pas « s’immiscer » dans les affaires intérieures palestiniennes.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il se passe, en ce moment ?

Haidar Eid : La dynamique récente, au Moyen-Orient, voit Israël et les forces
pro-Oslo au sein de la direction politique palestinienne, ainsi que
plusieurs des régimes réactionnaires arabes, aux côtés des Etats-Unis,
tenter de déformer la conscience des Arabes, en général, et des
Palestiniens, en particulier.

Les Arabes et les Palestiniens ont
toujours considéré qu’Israël était l’ennemi, du fait qu’il a chassé les
deux-tiers des Palestiniens de chez eux, en 1948, qu’il occupe la
Cisjordanie et la bande de Gaza depuis 1967, et qu’il lance une série
ininterrompue de guerres génocidaires contre les Palestiniens.

Aussi Israël et les Etats-Unis
s’ingénient-ils à faire de l’Iran et de la direction chiite le nouvel
ennemi des Palestiniens et des Arabes, en particulier des Arabes
sunnites. Autrement dit, ils font la promotion de politiques
identitaires et de divisions sectaires, exactement de la même manière
que les Américains, en Irak. Cette approche a échoué, au Liban, mais
Abbas continue à travailler avec les Américains et les Israéliens afin
de mener une telle politique, à Gaza.

L’Iran ne se contente pas de soutenir
le Hamas. L’Iran, depuis la chute du Shah soutenu par les Etats-Unis,
en 1979, a toujours soutenu la résistance palestinienne, par exemple en
permettant aux Palestiniens d’ouvrir une ambassade à Téhéran.

L’Iran apporte effectivement une
certaine aide militaire à la résistance palestinienne, de la même
manière qu’il a apporté une aide à la résistance au Liban. Il est
important que nous comprenions que si les Palestiniens veulent
poursuivre leur lutte pour conquérir leurs droits nationaux, ils ont
besoin du soutien des musulmans, des Arabes et des peuples aimant la
liberté, dans le monde entier.

Le soutien en provenance d’Iran n’est
pas conditionné, il n’a pas de ficelles aux pattes, comme celui des
Etats-Unis, celui de l’Union européenne ou d’ailleurs. Nous avons un
projet commun, et nous avons des objectifs communs : lutter contre
l’impérialisme américain au Moyen-Orient et libérer la Palestine. C’est
la raison pour laquelle les Etats-Unis et leurs alliés, dont plusieurs
régimes arabes, fustigent l’Iran, en le présentant, au sein du monde
arabe, comme l’ « ennemi des Arabes et des musulmans ».

Pour en revenir aux ficelles attachées
à la fameuse « aide à la reconstruction », je ne pense pas qu’il y ait
un seul Palestinien qui soit doté d’un minimum de dignité et qui
pourrait les accepter ?! Pourquoi devrions-nous accepter une aide
conditionnée à l’idée que ce qui est arrivé à Gaza était une
catastrophe naturelle – par opposition à la réalité, c’est-à-dire un
désastre délibérément provoqué par l’Etat d’Israël afin d’anéantir la
résistance et la société palestiniennes ?

Si la population de Gaza a été punie,
c’est en raison de son choix démocratique, en 2006, d’un parti, le
Hamas, qui ne soutient pas les accords d’Oslo, et prône le droit au
retour de tous les réfugiés palestiniens.

Bien que je ne soutienne pas le Hamas
idéologiquement, c’était le choix démocratique du peuple palestinien.
Et la majorité de ceux qui ont porté le Hamas au gouvernement n’étaient
pas des partisans du Hamas, mais des gens désireux de voter pour une
organisation qui ne fût pas corrompue et qui ne soutînt pas les accords
d’Oslo.

Depuis le début du « processus de
paix » d’Oslo, en 1993, et jusqu’à-présent, nous n’avons toujours pas
vu d’Etat palestinien indépendant. Au contraire : Israël a augmenté le
nombre des colons vivant en Cisjordanie, qui est passé de 190’000 à
plus d’un demi-million, et il a exproprié plus de 25 % des terrains de
la Cisjordanie en érigeant le mur d’apartheid, en étendant le Grand
Jérusalem et en agrandissant les colonies juives existantes, en
Cisjordanie.

Par conséquent, Israël a rendu
impossible l’établissement d’un Etat palestinien indépendant sur 22 %
de la Palestine historique. Je pense que les Palestiniens du peuple en
ont conscience, c’est la raison pour laquelle ils soutiennent la
résistance – non seulement le Hamas, en tant qu’organisation, mais
toutes les organisations de résistance, comme le Front Populaire de
Libération de la Palestine, les Comités Populaires de Résistance, le
Jihad islamique, etc…

Question : Pendant longtemps, le présupposé, dans les cercles diplomatiques israélien,
américain et palestinien, c’était qu’il y avait un progrès vers la mise
en application d’une solution à deux Etats. L’élection du nouveau
gouvernement israélien – avec Benjamin Netanyahu, du Likoud, au poste
de Premier ministre, un gouvernement marqué par un racisme anti-arabe
extrémiste et un rejet ouvert de la solution à deux Etats, en faveur
d’une vision d’un « Grand Israël » - semble marquer un réel tournant.
Quelles en seront, à votre avis, les conséquences ?

Haidar Eid : Israël a d’ores et déjà rendu impossible la solution à deux Etats, et
nous avons absolument besoin de débattre d’un programme alternatif à
cette fiction qu’est la « solution à deux Etats ». La première chose à
faire, c’est démanteler l’Autorité palestinienne.

L’Autorité palestinienne est un produit
des accords d’Oslo, et elle envoie un message erroné tant à la
communauté internationale qu’aux mouvements de solidarité dans le monde
entier. L’existence de l’Autorité palestinienne suggère l’idée
qu’existent, en Palestine, deux camps de force comparable – l’Etat
israélien, avec son armée, et l’Autorité palestinienne, avec son armée.

Pour corriger cette équation, il faut
absolument se débarrasser de l’Autorité palestinienne. La relation
existante n’est absolument pas une relation entre égaux, mais entre un
occupant et un occupé, entre un oppresseur et un opprimé.

En démantelant l’Autorité
palestinienne, les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie peuvent
former un front national qui dirigerait la résistance palestinienne à
l’occupation – comme celle que nous avons eue, durant la première
Intifada, en 1967.

Le massacre de Gaza a été comme une
sorte de tsunami politique, qui devait changer la carte de la totalité
du Moyen-Orient, et pas seulement celle de la Palestine. Ce massacre a
montré à tous que les accords d’Oslo sont un faux : ils n’ont jamais
visé à aboutir à la création d’un quelconque Etat palestinien
indépendant, et ils n’ont jamais défendu la sécurité des civils
palestiniens de Gaza et de Cisjordanie.

En fin de compte, ils ont abouti à
faire de Gaza le plus grand camp de concentration au monde. Et ils ont
abouti à faire de la Cisjordanie trois bantoustans –un au nord,
incluant Qalqiliya, Jénine et Tulkarem, un autre, au milieu, avec
Ramallah, et un troisième, au Sud, avec Hébron et Bethléem.

La plupart des Palestiniens en ont
aujourd’hui conscience, et ils sont bien plus déterminés que leur
leadership, pour une raison très concrète : parce que les accords
d’Oslo ont créé une nouvelle bourgeoisie palestinienne, dont les
intérêts sont liés à la poursuite de l’occupation israélienne et à la
protection des intérêts américains au Moyen-Orient.

Le problème, je pense, c’est qu’il n’y
a pas une seule organisation politique, chez les Palestiniens, qui
préconise clairement la création d’un Etat démocratique laïc dans la
Palestine historique, sur le modèle de l’Afrique du Sud ou de l’Irlande
du Nord. C’est ça, le problème : nous avons besoin d’une organisation
politique qui en appelle à un Etat pour tous ses citoyens, sans
considération aucune pour la religion, les sectes et l’ethnicité.

Je pense que nous nous acheminons vers
une troisième Intifada, qui va largement dépendre de la résistance
commune du peuple palestinien et, de manière cruciale, du soutien d’un
mouvement de BOYCOTT, de DESINVESTISSEMENTS et de SANCTIONS (BDS) à
l’encontre d’Israël organisé à l’échelle mondiale.

Pour ne citer que quelques-uns des
exemples corroboratifs de militantisme en faveur des BDS dans le monde
entier, il y a eu plus de vingt-huit campus universitaires occupés par
les étudiants, en Grande-Bretagne, plusieurs campus occupés aux
Etats-Unis et la décision prise par le Hampshire College de désinvestir
d’Israël ; mentionnons aussi diverses actions de groupes de solidarité
en Afrique du Sud.

Nous voulons former une campagne
internationale de BDS sur le modèle du mouvement anti-apartheid qui a
fini par entraîner la fin du pouvoir blanc en Afrique du Sud, en 1994,
et à la libération de Nelson Mandela, en 1990.

Question : Il semble y avoir un réel enthousiasme pour bâtir un tel mouvement afin de
défier l’occupation israélienne et de développer une solidarité
significative avec la cause palestinienne. Mais certaines personnes
continuent à se demander si une campagne de BDS aboutirait à supplanter
l’« engagement constructif » qui est sans doute essentiel à une
solution au conflit ? Qu’en pensez-vous ?

Haidar Eid : La question du dialogue entre Israël et les Palestiniens peut être
réglée ainsi : depuis 1993, il y a eu des négociations entre Israël et
l’Autorité palestinienne, et le résultat, c’est : un massacre, à Gaza !

Et – principe de base – il est absurde,
à mes yeux, d’avoir un « dialogue » avec une force occupante d’une
supériorité infinie, sans prendre en considérations les moyens par
lesquels la résistance pourrait créer les conditions nécessaires pour
une avancée minimale dans ledit dialogue.

Le philosophe français Michel Foucault
a dit que là où vous avez une autorité et un pouvoir, vous avez aussi
une résistance. Un des problèmes inhérents au leadership officiel, en
Palestine, c’est le fait qu’il a mis tous ses œufs dans le panier des
négociations et du dialogue, sans prendre en considération la question
de la résistance.

C’est une des raisons pour lesquelles
le Fatah, le courant de Mahmoud Abbas au sein de l’Autorité
palestinienne, a perdu les élections. Ce à quoi nous en sommes arrivés,
c’est à une situation qui n’est pas sans évoquer l’Afrique du Sud au
milieu et à la fin des années 1980, quand les opposants au mouvement
anti-apartheid s’étaient déchaînés contre ce mouvement, en particulier
après que Ronald Reagan et Margaret Thatcher eurent déclaré que
l’Occident se devait d’entretenir des relations avec l’Afrique du Sud,
dans le cadre d’une politique d’ « engagement positif ».

En réalité, la plupart des militants
des associations anti-apartheid et de solidarité ont pensé qu’il était
absurde de parler d’un tel engagement, l’équilibre des forces étant ne
faveur de l’oppresseur.

La même chose vaut, en Palestine. Quand
vous avez des négociations, la partie puissante interprète n’importe
quel argument dès lors qu’il est formulé en des termes qui
sanctuarisent leurs propres intérêts, et non pas ceux de l’occupé.

En raison du hiatus énorme entre les
victimes palestiniennes et les occupants israéliens, nous avons besoin
de l’intervention de la communauté internationale, expression par
laquelle je désigne non pas des corps officiels, mais des organisations
de la société civile, des églises, des mosquées, des clubs, des groupes
d’étudiants, des syndicats, etc.

Ce sont ces forces qui ont boosté le
mouvement anti-apartheid contre le gouvernement sud-africain, durant
les années 1980 et au début des années 1990. Je m’en souviens très
bien : quand Nelson Mandela a été libéré de prison, en 1990, il a
appelé tous les soutiens des Noirs sud-africains à ne pas relâcher
leurs efforts contre l’apartheid, et à ne pas mettre fin au mouvement,
tant qu’il n’aurait pas été élu le premier Président d’une Afrique du
Sud multiraciale et multiculturelle.

A mes yeux, la même chose peut se
produire, en Palestine. En raison de ce déséquilibre des pouvoirs, nous
avons besoin de l’intervention de la communauté internationale. Je ne
pense pas que les Palestiniens seront capables de se battre seuls
contre les Israéliens, parce que personne ne peut combattre une telle
force militaire écrasante en étant seul.

Le mouvement anti-apartheid contre le
gouvernement sud-africain était basé sur quatre piliers : la lutte
armée, la mobilisation de masse à l’intérieur de l’Afrique-du-Sud, le
mouvement politique clandestin et le mouvement anti-apartheid mondial.

Malheureusement, le leadership
politique, ici, en Palestine – qu’il s’agisse de la droite ou de la
gauche, du Hamas, du Fatah ou du Front Populaire de Libération de la
Palestine, est dépourvu de cette conscience internationaliste.

Cette dimension internationaliste
commence à se manifester ; elle provient des organisations de la
société civile. C’est la raison pour laquelle, en 2005, plus de 107
organisations de la société civile palestinienne ont lancé un appel à
la communauté internationale – un appel à boycotter Israël et à couper
tous liens diplomatiques, militaires et économiques avec l’Israël de
l’apartheid.

La seule chose sur laquelle nous puissions compter, c’est le pouvoir du peuple !


Haidar Eid, professeur d’anglais, commentateur politique et activiste de longue
date, habite à Gaza-Ville. Il a apporté un témoignage oculaire et une
analyse de la guerre israélienne à SocialistWorker.org. Il débattait
ici, avec Eric Ruder, de l’occupation israélienne et du combat des Palestiniens pour la justice.

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier.
Source Eid Haidar

Texte original en anglais :

http://socialistworker.org/2009/03/09/massacre-in-slow-motion

Article envoyé à Yenoo.be par Silvia Cattori journaliste Suisse : www.silviacattori.net
Chronique Safaa Nhairy
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