Le parquet de Bruxelles a présenté mardi soir ses excuses à la communauté maghrébine, qui a été pointée du doigt après l'assassinat de Joe, 17 ans, en plein jour pour lui arracher son MP3, par deux agresseurs présentés comme « d'origine nord-africaine» et qui se sont révélés être de jeunes Polonais, dont l'un a été arrêté lundi.
La confusion est perceptible au sein de la justice comme des médias et de quelques élus politiques, qui ont vite jeté à la vindicte populaire une communauté entière pour un crime qui a mis en émoi toute la Belgique. Près de 100.000 personnes avaient manifesté dimanche à Bruxelles. Les qualificatifs de la police et du parquet qui, au lendemain du meurtre, évoquaient des suspects de type nord-africain, sont à l'origine de cette stigmatisation de la communauté maghrébine. Quelques rares élus politiques se sont jetés sur l'affaire, pointant du doigt une communauté comme principale responsable de la délinquance et de l'insécurité ambiante.
Cette dérive a toutefois pu être contenue par l'attitude très réservée et d'une rare dignité des parents de la victime qui, dès le départ, ont refusé de désigner une communauté particulière.
Ils ont même demandé que la marche de dimanche se déroule en silence et en l'absence de calicots ou de toute référence ethnique ou religieuse pouvant donner lieu à une récupération politique. Cette attitude a été largement respectée par le gouvernement et l'ensemble des partis politiques, qui ont refusé de donner à ce crime crapuleux une connotation communautaire, de crainte d'attiser les tensions ethniques.
Après l'arrestation de l'un des deux meurtriers, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, a affirmé que ceux qui s'en sont pris à la communauté maghrébine « vont être maintenant devant leur conscience», alors que le ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael, a eu ces mots justes : «On ne parle pas de Marocains ou de Polonais, on parle de criminels.»
De son côté, l'Exécutif des musulmans de Belgique a affirmé qu'il était «dommage que la presse ait tiré des conclusions hâtives quant à l'origine des malfaiteurs, ouvrant la porte aux possibles dérives d'ordre racial ou religieux». Radouane Bouhlal, président du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX), qui a dénoncé la stigmatisation anti-maghrébine, a tiré la sonnette d'alarme contre une stigmatisation tout aussi pernicieuse contre les Polonais.
Une jeune fille polonaise du lycée que fréquentait l'un des meurtriers de Joe a été agressée. «On a pourri la vie des Arabes pendant une semaine, n'allons pas infliger le même supplice aux Polonais», a-t-il prévenu, soutenu par un autre éditorialiste pour qui le message à tirer de ce drame c'est «le refus de la xénophobie et de la haine raciste».