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Rencontre avec l'écrivain marocain Youssef Jebri

Publié par Hocine Ali le 26/6/2007 (2676 lus)
Rencontre avec l'écrivain marocain Youssef Jebri
Le manuscrit d’Hicham décrit une réalité marocaine. Cette réalité tragique est-elle le quotidien de la jeunesse marocaine ?

Le chômage, l’absence de voyage à cause du système des visas, les portefeuilles bien souvent vides alors que la société devient de plus en plus consumériste composent malheureusement le quotidien de très nombreux jeunes marocains. Même une fois dans la vie active, combien arrivent à accéder à cette nécessaire indépendance financière ? Devoir rester chez les parents jusqu’à un âge bien avancé ne permet pas non plus de jouir de son intimité, vivre une passion amoureuse en toute liberté et envisager, peut-être un jour de se marier et de fonder une famille.

Hicham est un citoyen qui a décidé d’agir. C’est un rêveur ou un réaliste ? Est-il capable de changer les choses ?

Les deux à la fois, heureusement d’ailleurs. Hicham est un rêveur mais pas un idéaliste. Il n’aspire pas à l’inaccessible, juste jouir de sa liberté. Pour passer du rêve à la réalité, il décide d’agir, partir pour tenter de vivre en homme libre.

Votre héros qui est dans l’action a préféré quitter son pays plutôt que d’agir dans son propre pays ?

Hicham ne considère pas ce départ comme une fuite. Il part, certes à contre-cœur, à la rencontre de son destin, en espérant – peut-être naïvement – que sa traversée de la Méditerranée attirera le regard sur le désespoir qui touche la jeunesse marocaine. A sa manière, il répond également aux kamikazes. Comme eux, il se lance dans une opération suicidaire mais ne tue personne contrairement aux fous furieux qui sèment la mort et la terreur désormais dans le pays.

Se libère –t-il du poids de la tradition, de la religion, de la corruption quand il traverse la mer ?

Il s’est libéré de ce poids bien avant, en écrivant sa lettre. S’il ne s’était pas délesté de ce poids, je ne pense pas qu’il aurait tenté cette traversée. La veille de son départ, il n’a pas posté une simple lettre, mais son espace de liberté. Au moment où il se jette à la mer, justement Hicham est convaincu de parti à la rencontre de la liberté.

Votre livre est-il autobiographique ?

Décidément, cette question est récurrente. Non, il s’agit d’une fiction même s’il y a quelques similitudes. J’ai moi-même quitté le Maroc pour m’installer en France ; le rapport que nous entretenons avec l’écriture nous rapproche également. Toutefois, l’histoire d’Hicham n’est pas la mienne.

L’utilisation du dialecte marocain est présente dans votre livre. Certaines expressions résonnent fort dans la mémoire de certains marocains : « Ahya Skoute »….

Je suis un écrivain d’expression française et non de langue française et j’aime utiliser des mots de ma langue maternelle, darija. Il y a beaucoup d’expressions, comme Ahya skoute, qui témoignent de cette peur collective de parler. J’aime en user, en jouer et justement les faire parler…

elon vous, la liberté d’expression a pris ses droits dans le Maroc d’aujourd’hui ?

Il n’y a que de brèves éclaircies. Quand des journalistes sont condamnés, des journaux interdits, des manifestants arrêtés, jugés et emprisonnés, comment parler de liberté d’expression ? Et l’avenir ne laisse présager aucune amélioration. Le gouvernement prépare un nouveau code de la presse. Le nouveau texte maintient des peines d’emprisonnement pour atteinte à l’islam, l’intégrité territoriale et au roi. Ce texte démontre bien que la liberté de conscience, d’expression et d’opinion sont loin d’avoir trouvé leur place au Maroc.

Vous avez pu comparer la jeunesse du Maroc et celle de France « La génération Playstation » : Quel regard portez-vous sur ces jeunes français d’origine marocaine ?

Dans Le manuscrit d’Hicham, j’ai tenté une brève comparaison. Dans le prologue, Marwane – le cousin d’Hicham qui vit en France et qui est le destinataire de cette lettre – parle et explique pourquoi il a décidé de la publier. Disposant d’un passeport rouge, et donc guère ennuyé pour voyager, Marwane ne comprend pas pourquoi Hicham ne peut pas venir en Europe. Il ne comprend pas les difficultés que rencontre son cousin Hicham à vivre sa relation amoureuse au grand jour avec Naïma. Je suis étonné de ne pas voir les jeunes issus de l’immigration plus nombreux à s’inscrire sur les listes électorales et s’impliquer davantage en tant que citoyens. S’ils savaient que de l’autre côté de la Méditerranée, combien aspirent à créer un journal, monter un groupe de musique, prendre la parole, jouir de leur liberté tout simplement… Maintenant je n’oublie pas qu’au Maroc, ils sont considérés presque comme des étrangers, et qu’en France, ils doivent affronter bien trop souvent le racisme et composer avec les clichés et les préjugés.

Vous projet pour l’année 2007 ?

Je termine l’écriture de mon second roman : Réflexions clandestines qui devrait être publié avant la fin de l’année. L’histoire se déroule en France, à Paris. Le personnage principale, le narrateur s’appelle, Slimane. Un jeune marocain clandestin. Je ne vous en dis pas plus.

Le Site de Youssef Jebri : http://www.youssef-jebri.com/


L'interview est réalisé par Mohamed Echouel pour Yenoo.be
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