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Entrevue avec Nora Atalla, Romancière et poète québécoise

Publié par Mohammed Echouel le 16/2/2008 (2844 lus)
Entrevue avec Nora Atalla, Romancière et poète québécoise
Yenoo.be : Qui est Nora Atalla ?

Nora Atalla : Romancière, nouvelliste et poète
québécoise, j’ai été publiée dans diverses anthologies
de poésie et revues littéraires au Québec et en France.
Mon premier roman intitulé La couleur du sang, publié
aux Éditions GID, se trouve dans la plupart des librairies
du Québec depuis septembre 2007; on peut aussi
l’obtenir à la Librairie du Québec à Paris et le commander
sur le Web chez Amazon.com, Alapage.com
et Chapitre.com.

Lauréate en 2007 du Premier prix du Libraire (nouvelle) et du Premier prix du Rêve (conte) de Regards et en 2006 du Grand Prix de l’Union des Poètes francophones pour La mémoire du cœur et du Premier prix de la Francophonie de Regards pour Hologrammes, j’ai également remporté de nombreux prix et diplômes de poésie en Europe (http://www.nora-atalla.com).

Je suis également présidente fondatrice d’Écritout (http://www.ecritout.com), un cabinet de services linguistiques qui se porte à la défense de la langue française. Pour ce faire, nous distribuons gratuitement « Flux de paroles… le bulletin mensuel de la logomachie ». Dans la même optique, nous avons organisé le Concours international de poésie Écritout 2008 (http://www.concoursecritout.com) ayant pour thème Québec et la francophonie. Des bourses fort intéressantes seront offertes aux lauréats ; il y aura aussi, par tirage au sort, plusieurs prix de présence à l’occasion de la remise officielle des prix dans la ville de Québec en octobre 2008. Cette cérémonie coïncide avec le XIIe Sommet de la Francophonie.

Yenoo.be : Votre héros, Hubert Martens, connaît peu le Congo. Il décide d’y retourner après un exil en Belgique. Qu’apporte ce retour au bercail à votre héros ?

Nora Atalla : C’est sa façon à lui de retrouver ses racines; il y a en lui de profondes déchirures. La guerre lui a enlevé ses parents ; il veut réussir dans ce pays qui a vaincu son père. Mais il n’y trouvera pas seulement des richesses, bien des épreuves l’y attendent aussi.

Yenoo.be : Le Congo est confronté à la dictature, corruption. C’est dans cette ambiance qu’Hubert décide de se venger. Il va se venger de quoi ?

Nora Atalla : C’est une vengeance sur la vie qu’Hubert recherche, une vengeance contre le destin qui lui a ravi ses parents.

Yenoo.be : N’est-ce pas une utopie de vouloir réussir et de se venger dans un pays qui est ravagé par une guerre aux enjeux miniers ?

Nora Atalla : Pas du tout. Il est vrai que de 1957 à 1991 le Zaïre a connu de violents remous, mais ce n’était pas de façon constante, et malgré l’état instable du pays et les rafales de violences, les gens continuaient de vivre, d’aimer, de travailler, de faire faillite ou de faire fortune. Hubert ne veut pas se venger du Zaïre, mais du mauvais sort qui s’acharne contre lui, et il veut réussir là où avait échoué son père, dans la vie, dans les affaires.

Yenoo.be : Tous les exilés (politiques, économiques) ont-ils quelque chose à apporter à leur pays d’origine ?

Nora Atalla : C’est évident que tous peuvent apporter un bagage de connaissances à leur pays d’origine, mais encore faut-il qu’ils puissent y retourner. Quand tel est le cas, toute l’expérience acquise en pays d’accueil, l’intégration dans une nouvelle société, l’adaptation à une nouvelle culture, la déchirure intérieure de l’exilé involontaire, sa nostalgie de sa mère patrie, le chagrin d’avoir à vivre loin des siens, oui tout cela transforme les êtres en exil et ouvre l’esprit sur le monde. Les exilés laissent dans leur pays natal une part d’eux-mêmes, et restent ensuite assis entre deux cultures. Ils peuvent le faire bénéficier de leurs expériences si un jour ils y retournent.

Yenoo.be : Qui le persuade de retourner au pays qui est parmi les moins développés de la terre ?

Nora Atalla : Personne. C’est Hubert enfant, marqué par la guerre, condamné à l’exil, qui jure d’y retourner. De fait, cela devient chez lui une obsession.

Yenoo.be : Quel est l’élément déclencheur qui vous a poussé à écrire ce roman « La couleur du sang » ?

Nora Atalla : J’ai vécu deux ans au Zaïre. C’est un pays magnifique et son peuple attachant. J’avais envie de les faire connaître à tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’y vivre ou de côtoyer les Zaïrois, ou les Congolais, dit-on aujourd’hui. Je m’étais promis que si j’écrivais un roman, ce serait sur le Zaïre.

Yenoo.be : Le départ des Belges du Congo s’est fait d’une manière précipitée. Il ne reste pas grand-chose, à part sans doute la langue. L’économie congolaise en 2008 dépend toujours de l’aide de la Belgique. Après 40 ans de décolonisation, pensez-vous que les Zaïrois n’ont pas encore pris leur destin en main ?

Nora Atalla : Comment pourraient-ils le prendre en main ? Tout est à refaire… Les infrastructures sont tombées en ruine et la guerre civile qui s’éternise a tout démoli. Pour reconstruire tout ça, il faut que la paix revienne, il faut une volonté politique, et que tous mettent la main à la tâche ; bannir la corruption, remettre de l’ordre dans le pays, dans l’armée, dans les finances publiques, dans le système d’éducation, etc. La liste est longue, c’est un travail colossal.

Yenoo.be : Quel accueil a reçu votre roman en Belgique et au Zaïre?

Nora Atalla : Il est trop tôt pour que je puisse vous répondre ; le roman n’est sorti que début septembre 2007 !

Yenoo.be :Que diriez-vous pour conclure ?

Nora Atalla : Si je devais refaire mes pas dans la vie, je retournerais sans hésiter au Zaïre. Malgré le climat instable du pays et les risques que nous encourrions, je n’ai jamais regretté d’y être allée. C’est le Zaïre qui m’a ouvert les yeux sur les injustices sociales et la misère humaine. Oui, bien sûr, comme tout le monde, j’avais lu sur les pays en voie de développement, ceux que dans le passé on appelait les pays du Tiers-monde et vu des reportages, des films. Je peux vous dire qu’y avoir vécu, en être le témoin vivant, ça vous plonge dans une réalité qu’on ne trouve ni dans les livres ni dans les films ; ça vous change radicalement. On ne peut pas rester indifférent. Je rêve qu’un jour le Congo ex-Zaïre retrouve la paix et que son peuple puisse enfin y vivre avec dignité, que les enfants puissent à nouveau y courir librement, s’épanouir et manger à leur faim, devenir des hommes et des femmes libres qui à leur tour contribueront à son développement. Que ce pays connaisse enfin la justice et la démocratie.



Entrevue réalisée par la rédaction Yenoo Belgique
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